L’héritage culturel des peuples du Grand Sahara est menacé. L’Algérie, qui a ratifié la Convention de l’UNESCO sur la protection du patrimoine immatériel de 2003, tente d’engager des mesures pour sauver ce qui peut l’être, avec l’adoption d’une série de textes de loi. Alger a réussi à classer l’Ahellil, des chants et des danses des Zénètes du Gourara, dans le patrimoine universel de l’UNESCO. La démarche est moins facile pour l’imzad, le fameux instrument targui qui n’est plus joué que par une dizaine de femmes dans la région de Tamanrasset, capitale de l’Ahaggar, dans le sud algérien. Chena Alamine et Chtima Bouzad, les deux maîtresses de l’imzad, ont dépassé les 70 ans. « Pour faire inscrire l’imzad au patrimoine universel, il faut une demande commune de tous les pays où vivent des Touareg. Etablir cette demande prendra du temps du fait que les priorités des pays du Sahel ne sont pas les mêmes », explique Rachid Bellil, anthropologue au Centre algérien de recherches préhistoriques, anthropologiques et historiques (CNRPAH). L’imzad, qui est une vièlle monocorde, est joué uniquement par les femmes targuies en Algérie, au Niger, en Libye, au Mali et au Burkina Faso. Il faut donc un accord de tous ces Etats pour que la démarche soit recevable au comité intergouvernemental de l’UNESCO en charge de la sauvegarde du patrimoine immatériel. A titre d’exemple, le Mali a pu inscrire sur la liste du patrimoine mondial, le tombeau des Askia, les villes anciennes de Djenné et Tombouctou, mais n’a fait aucun geste pour l’imzad. De même pour le Niger. La Libye n’est pas en reste. La Jamahiriya a inscrit dans le patrimoine de l’UNESCO les sites archéologiques de Cyrène, de Leptis Magna et de Sabratha ainsi que gravures rupestres du Tadrart Acacus mais n’a engagé aucune démarche pour l’instrument des Touaregs.
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