C'est la grande affluence vers le sud algérien. En plus du tourisme dont c'est la haute saison, deux grandes manifestations vont s'achever aujourd'hui à Tamanrasset. Il y a bien sûr sur l'Assihar, la désormais traditionnelle foire, mais aussi une toute première rencontre autour du patrimoine immatériel de l'Ahaggar.
L'Assihar, qui est plutôt une manifestation commerciale, est à sa 30e édition. Des artisans venus de la région, du Niger et du Mali, viennent exposer leurs produits. Il s'agit notamment de bijoux anciens, de zarbia (tapis) en poils de chameau, d'articles en cuir (sacs, trousses, sacoches...), d'objets en bois sculpté, d'instruments de musique etc. Ce qui la caractéristique les Hommes bleus, ceux sont les costumes traditionnels qu'ils exposent d'ailleurs avec fierté. Il y a le « bazan » pour la femme et le « tisseman » pour l'homme. L'Assihar est donc une opportunité pour les gens du sud, de faire connaître leurs produits, en espérant un jour conquérir des marchés d’Europe et d' ailleurs. A l'origine, cette manifestation était plutôt un carrefour de rencontres et d'amitié, entre touaregs d'Algérie, du Mali et du Niger. Assihar veut dire d'ailleurs en tergui « rencontre ». Avec le temps il est devenu en plus, une occasion de faire des affaires, de promouvoir des produits.
Parallèlement, se tient une manifestation plus intéressante, sur le patrimoine immatériel de l'Ahaggar. Pour Farid Ighil Ahriz, le directeur de l'Office du Parc National de l'Ahaggar (OPNA), « il était temps de montrer le patrimoine de cette région, le parc qui est un véritable musée à ciel ouvert, s'étale sur 450 000 km2. L'Ahaggar est après le Goéland, le plus grand parc culturel du monde ». D'après les chercheurs, l'Homme y est déjà depuis 2 millions d'années sans interruption. Pour cette première édition qui en appelle d'autres, l'accent est mis sur le patrimoine immatériel de la région. L'invité d'honneur pour cette première est l' « Ahellil » de Gourara (Timimoun). Le choix s'est imposé de lui même, quand on sait que ce chant a été classé patrimoine de l'humanité par l'UNESCO, en 2005. Rachid Bellil directeur du Centre National de Recherche Préhistorique Anthropologique et Historique d' Alger (CNRPAH), Mouloud Mammeri y a consacré une étude étymologique. Ahellil signifie « faire des louanges à Dieu ». C'est une poésie dansée et chantée. C’est un genre musical qui se chante par des troupes mixtes, qui atteignaient dans le temps jusqu'à 150 personnes. D'après Bellil, «L'Ahellil était méconnu jusqu'en 1970. S'il est sorti de l'oubli, c'est grâce au défunt Mouloud Mammeri, qui a chargé une équipe de chercheurs de l'étudier ». C'est ainsi qu’enregistré, transcrit et traduit ce patrimoine fut sauvé. L'UNESCO insiste pour qu'il soit encore mieux protégé et surtout pérennisé. C'est de là qu'est venu le projet de continuer la transcription, d'organiser un festival annuel de l’Ahellil, et d'enseigner cette poésie dans les collèges où les enfants parlent Zénati (dialecte berbère).
Un autre genre de poésie chanté était à l'honneur, il s'agit de l'Imzad. Il est également interprété par des troupes mixtes. Dida Badi du CNRPAH affirme « Nous avons enregistré plus de 40 mélodies et 60 poésies, que j'ai moi même traduit et publié ». L'animation publique de ces journées est assurée par des chants et danses folkloriques, exécutées par des troupes venues d'autres villes du sud.
Une bonne nouvelle pour terminer, une brochure répertoriant l'ensemble des richesses du Parc, accompagnée d'un guide destiné aux touristes, sera bientôt éditée. Qui dit touristes dit pillage. Pour lutter contre, 50 postes de contrôle sont déjà fonctionnels à l'intérieur du Parc, en attendant d'autres. L'on s'attend à une affluence de plus en plus nombreuse de touristes, dans les mois à venir.
Par Mus
PS : Le parc de l'Hahaggar ne finira pas de nous étonner. Des pièges photographiques placés sur 2800 km2, ont prit 300 clichés. Ceux ci viennent de relever la présence de guépards, trois mâles et une femelle ont été identifiés. Le guépard du nord ouest de l'Afrique reste très peu connu, et le plus menacé. Les responsables pensent même, que le parc pourrait abriter jusqu'à 250 têtes. C'est pourquoi ils projettent de placer d'autres caméras. Par ailleurs, d'autres mammifères ont été pris par les caméras: le fennec, le chat des sables, le chacal, la gazelle et même l' hérisson du désert. Reste à savoir aussi, de quoi se nourrit toute cette faune.
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