Depuis l’application du décret de mise en garde de la région d’Agadez, des arrestations sont devenues le quotidien des gens d’Agadez. On interpelle, on interroge, on garde les gens à vue à volonté sans que ne leur soit parfois notifié les charges retenues contre elles. Des fois, les parents de ces derniers errent des jours avant de savoir leur lieu de détention. Depuis ce décret liberticide, restrictif des libertés populaires, le désespoir et la frayeur s’emparent des gens.La peur et la suspiçion se lisent sur tous les visages. Ici, les gens se fuient, se craignent ou carrément s’ignorent. On continue d’embastiller. Et à l’allure où vont les choses, il n’y aura plus de place dans les bagnes du Niger. Combien de temps durera ce calvaire ? Officiellement jusqu’à fin novembre ! Reportage dans les rues d’une région prise en otage par la rébellion du MNJ et la détermination d’un président à en découdre.
UNE DÉRIVE QUI FAIT MAL AUX PAUVRES.....
Agadez ! Quartier Sabon Gari ! Il devait être 17 heures passées.À l’ombre d’un mur, quelques jeunes adolescents, assis autour d’un thé fumant devisaient à peine laissant le soin au poste radio de briser la monotonie habituelle. Il ya quelques semaines, c’est dans ce quartier que les prémières rafles des gens ont eu lieu.
Motif ? Complicité avec la rébellion armée !Tout le quartier avait été bouclé par les forces de l’ordre. Plusieurs personnes ont été interpellées ! Même des jeunes de douze à treize ans n’ont pas été épargnés. Relâchés aussitôt pour insuffisance des preuves, quelques uns ont craqué et rejoint le MNJ, d’autres la mort dans l’âme ont quitté pour des vacances forcées ailleurs ; loin d’Agadez. Certains ont préféré rester malgré les menaces d’arrestations ! Mouhamad I. le dit sans ambages : “ Je ne me reproche rien, mais je crains surtout les “Gouayad !”. Avant d’expliquer ce que ce mot veut dire :” les indicateurs”. “Ils sont nombreux ici” dit-il ! “ Ils vendent leurs frères moyennant de l’argent ou des promesses de nomination”. C’est l’infortune qui était arrivée à Ahmed, un jeune kabou kabou de Sabon Gari ! Un de ses amis, témoin de la scène nous le rapporte : “Je me rappelle quand M., un jeune caporal connu de nous tous a demandé à Ahmed de lui faire une course. Prestement, le Kabou Kabou s’exécuta” ! Arrivés à un endroit, le caporal aurait dit à Ahmed de l’attendre. Mal lui en prit car quelques minutes après, c’est un véhicule des forces de l’ordre qui vint le “cueillir” ! “ Ahmed est actuellement écroué à la prison de Say” conclut-il. Idem pour A, un agent de FNIS en poste à Niamey qui fut arrêté et écroué à Agadez. Selon ses proches, c’est son propre ami qui l’aurait vendu juste parcequ’il venait de reçevoir beaucoup d’argent dans son compte bancaire.
Pour A.H, un moniteur d’autoécole, des arrestations arbitraires ont bel et bien lieu à Agadez. Son cas en est un exemple édifiant. Des hommes en uniforme ont fait irruption à son domicile et l’ont mis aux arrêts ! Il passera six jours en garde à vue et plusieurs semaines au camp pénal avant d’être libéré. Il lui aurait été reproché d’être un agent recruteur du MNJ. Après la fouille de sa maison, la seule liste des personnes retrouvée portait les noms de ses élèves candidats au permis de conduire. Liste que confirmera plus tard le service de transport régional.
Deux autres ont eu la malchanche de conduire leur troupeau un peu plus près d’une compagnie militaire. Il furent pris et gardés à vue. Motif ? Ils seraient les pourvoyeurs en viande du MNJ. Quelques jours après, on les libéra sans aucune instruction. Agadez est devenue invivable et l’économie dégringole à une allure vertigineuse. À qui la faute ? “Le MNJ et Tandja” répond innocemment M.H, un jeune collégien d’Agadez.
En brousse, c’est pire ! Les exactions sont quotidiennement dénoncées. L’armée confond civils et rebelles ! Là, entre gougaram et Iférouane, des carcasses de chamaux jonchent les lieux ! Leurs charges encore endossées ! Une rafale de tirs a causé leur trèpas. ATabelot, deux jardiniers sont portés disparus ! Ils étaient partis à Agadez pour des emplettes mais ne sont toujours pas rentrés. Les nouvelles sont mauvaises ! On aurait vu leurs motos carbonisées. Leurs propriétaires ? Disparus jusqu’à cette date ! Chez eux, on craint le pire mais personne n’ose en parler.
Tout récemment, des graves atteintes aux droits de l’homme ont été commises entre Assamaka et Arlit. "Selon une source militaire contactée ce mercredi par BBC Afrique,dix-neuf « bandits armés » ont été tués par les Forces Armées Nigériennes (FAN), au cours d’une patrouille dans la région d’Assamaka,dans le nord du pays. Selon cette dépêche de BBC Afrique ces 19 personnes ont été froidement abattues à la frontière algérienne. On saura plus tard qu’il y a eu bavure. Elles seraient en fait des petits commerçants qui importent du lait Lahda et des pâtes alimentaires qu’ils revendent dans la région d’Agadez et un peu plus au sud vers Tahoua et Konni. Leurs familles, à Arlit, ont confirmé que ces personnes sont connues pour n’être que de simples commerçants qui ne s’adonnaient qu’à leur activité. Elles ne sont ni dans le trafic de drogue, de cigarettes ou d’armes ni membres du MNJ.
On se rappelle qu’en début juin dernier, trois vieillards, dont le vieux Kalakoua, avaient été abattus dans la vallée de Tezarzayt par des militaires. Ces massacres ont été niés en bloc par le gouvernement nigérien, qui finira par les reconnaître avec la prise par les combattants du MNJ le 22 juin de la base. C’était une source,ayant requis l’anonymat, a indiqué que les éléments des FAN ont intercepté une voiture à bord de laquelle se trouvaient des trafiquants de drogue. Selon lui, le bilan de l’accrochage est de 19 morts dans les rangs des malfaiteurs. Cette information est aussi rapportée par le site Web du MNJ qui précise qu’au total 22 personnes ont été massacrées du fait de la couleur de leur peau, et cela sous le silence complice des Institutions Internationales.
Le MNJ, mouvement rebelle qui opère dans le nord du Niger depuis le mois de février dernier, a contesté la version de l’accrochage et dit en plus des 12 personnes citées plus haut, les personnes suivantes ont également été passées aux armes : Zeyda ag Badi-Ahmadu ag Moussa-Ghoumour ag Ahmad- Mohamed ag Akarfa-Ismaghil ag Akam-Rhissa ag Attaher-Bikim ag Ilyas-Akloua ag Hama-Oumra Lahcen. Ces faits se sont produits le 27 septembre entre Innazawa et Tadara au nord d’Iferouane. Deux de ces personnes sont de nationalité algérienne. La patrouille des Fan qui vennait d’Assamaka les a fusillés devant plusieurs témoins dont cetains sont actuellement à Tamanrasset et Arlit. Le MNJ rapporte que ces crimes ont été commis sur des pauvres civils. L’armée nigérienne parle quant à elle de trafiquants de drogue et le MNJ de civils froidement abattus.
Depuis le début du mois de Ramadan pour lequel le MNJ a décidé d’observer une trêve, c’est la première fois que le bilan d’un accrochage est porté à la connaissance des populations". Tout compte fait, et dans tous les cas, le gouvernement nigérien et la rébellion du MNJ restent comptables et coupables de tous ces assassinats qui n’honorent pas leurs auteurs. Ces derniers doivent être châtiés de façon exemplaire pour la mémoire des victimes. Les familles de ces dernières qui ont déjà communiqué aux organisations de défense des droits de l’Homme la liste nominative des personnes assassinées ont fait un acte de droit à saluer et à suivre.Tous les délinquants et autres contrevenants à l’éthique du droit ne doivent plus rester impunis.
Trop c’est trop ! Il faut que cette dérive s’arrête et il n’ya pas d’autre solution que de déposer les armes et négocier. La région d’Agadez souffre de cette guerre absurde, onéreuse et qui sape tous les efforts de développement de la région. À quand la fin de ce conflit se demandent les pauvres populations ? y aura t-on une rentrée scolaire digne de ce nom cette année au nord ? Pas sûr ! Beaucoup d’écoles avoisant l’aire des combats n’entendent pas ouvrir leurs portes. C’est le cas de l’école primaire de Tizirzet. Vivement la paix !
Last Updated ( Friday, 05 October 2007 )
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Source : AirInfo-N°65 |