Comme l’affirmait jadis le regretté Ali Farka Touré, le blues est né en Afrique. Aucun doute que Tinariwen incarne à merveille, de nos jours, cette célèbre déclaration du guitariste et chanteur malien.
Il y a surtout un mode de vie, de même qu’une résistance face à l’oppression nigérienne derrière la quête musicale de ces héros de la région de Kidal.

Véritables ambassadeurs d’une culture en crise migratoire, les débuts du groupe, en 1982, sont intimement liés à la situation d’exil et d’errance du peuple touareg. Ils chantent ainsi, en langue tamasheq, la lutte constante, la révolte, mais également l’amour, le travail et la paix, sur des rythmes qui empruntent tantôt au rock, tantôt aux airs traditionnels du sud algérien.
Joint par téléphone, le lendemain d’un concert à Washington et en route vers Ithaca (New York), le chanteur et guitariste Abdallah Ag Alhousseyni commente sur la genèse de Tinariwen.
« Ibrahim (Ag Alhabib) faisait partie de ces jeunes qui ont rejoint les camps militaires libyens au milieu de la décennie 70, juste après l’exil de 1963 et la grande sécheresse de 1973. Il fallait alors quitter le Mali à cause de la situation politique et économique dans le nord du pays. Vers 1978, il découvre la guitare électrique et commence alors à chanter la cause des touaregs. C’est alors que débute l’aventure Tinariwen. »
Désormais connue à travers le monde, grâce à l’apport indéniable du réalisateur anglais Justin Adams, la formation trouve le parfait équilibre entre tradition et modernité sur le plus récent Aman Iman (que l’on peut traduire par L’eau, c’est la vie).
« La cohésion du groupe est plus apparente sur ce disque. On perfectionne sans cesse notre jeu au fil des années. Chacun apporte ses influences, ainsi que son propre bagage musical. On découvre beaucoup de musique occidentale et cela vient qu’à se mêler aux références traditionnelles touaregs. »
Lorsqu’il est question du spectacle, il faut dire que ce membre à part entière connaît plutôt bien le rouage des longues tournées.
« Il faut simplement être à l’écoute. On joue à cinq sur scène pour cette venue aux États-Unis et au Canada. Il y a eu plusieurs dates en Europe au printemps dernier et on retourne encore en France au début décembre. Les gens vont pouvoir entendre des pièces des trois albums. L’interaction entre les guitaristes s’avère cruciale en spectacle. C’est vraiment à la base de notre musique. »
Même si l’étiquette « rock du désert » paraît réductrice de prime abord, le créneau dans lequel évolue Tinariwen pointe aussi vers une forme de blues rural et métissé, en lien direct avec l’héritage d’Ali Farka Touré. D’ailleurs, les sessions d’enregistrement d’Aman Iman ont eu lieu à Bamako. Sur ce troisième disque, les pièces mêlent le tamasheq (langue des touaregs) au français comme à l’arabe. Ainsi, Mano Dayak rend hommage à l’un des dirigeants les plus connus de la résistance touareg, alors que Toumast doit être compris « comme un appel au rassemblement et à l’unité, puisqu’un peuple divisé ne peut guère atteindre son but », selon Abdallah.
L’été dernier, Tinariwen a eu le privilège d’ouvrir pour les Rolling Stones à Dublin. Le groupe a aussi déjà joué sur scène avec Robert Plant et Carlos Santana. De plus, de nombreux critiques s’entendent pour dire qu’Aman Iman compte parmi les meilleures parutions de 2007. Malgré une telle reconnaissance médiatique, le guitariste et chanteur reste toutefois bien terre à terre.
« Ça nous fait vraiment plaisir de constater que notre musique voyage sans cesse et gagne en popularité. Par contre, notre engagement est toujours orienté vers la sauvegarde de notre culture. Nous sommes engagés pour la préservation de notre identité. »
On s’étonne même de l’entendre dire qu’il vient tout juste de faire la découverte de Johnny Cash.
« Même si je ne comprends pas ce qu’il chante, il y a une sincérité et une émotion dans cette musique qui me plaît beaucoup. » Quelle coïncidence !
David Cantin
Source : Le Soleil du Canada |