La dette est une catastrophe pour l’humanité, maintenant dans la plus extrême pauvreté des contrées entières possédant d’importantes richesses matérielles et humaines. Une tragédie sous-jacente, qui provoque en aval une multitude de drames insupportables. Mais cette tragédie n’est pas arrivée toute seule comme peut survenir un tremblement de terre ou un cyclone dévastateur. Elle est la conséquence de choix bien précis. Surtout elle est un puissant mécanisme de subordination des pays du sud, un nouveau colonialisme en somme. Dans la dynamique d’une série d’articles que nous entendons vous offrir dans nos prochaines parutions, nous proposons ici un petit historique de cette tragédie de la Dette que les riches du monde ont imposée aux pauvres.
Après la seconde guerre mondiale, les Etats-Unis ont instauré le plan Marshall pour la reconstruction de l’Europe. Ils ont investi massivement dans l’économie européenne pour l’aider à se remettre débout et les pays européens sont redevenus très vite des partenaires commerciaux privilégiés. De plus en plus de dollars (la monnaie de référence) circulait à travers le monde, et les autorités américaines tentent de freiner les demandes de conversion de dollars en or, pour ne pas assécher leurs coffres-forts. Elles encouragent alors les investissements des entreprises américaines à l’étranger, pour éviter le retour des dollars en excès et une flambée de l’inflation chez eux. Voilà pourquoi dans les années 1960, les banques occidentales regorgent de dollars (les eurodollars) pour lesquels elles sont en recherche de débouchés et d’investissements. Elles les prêtent alors aux pays du Sud, qui cherchent à financer leur développement, notamment les Etats africains nouvellement indépendants et les pays de l’Amérique latine.
A partir de 1973, le choc pétrolier apporte des revenus confortables aux producteurs de pétrole qui les placent à leur tour dans les banques occidentales : ce sont les pétrodollars. Là aussi les banques les proposent aux pays du Sud, à des taux faibles pour les inciter à emprunter. Tous ces prêts provenant de banques privées constituent la partie privée de la dette extérieure des pays du tiers monde. S’ajoutent à cela les Etats du Nord où à partir de ce choc pétrolier, la crise s’est installée. Les marchandises produites au Nord ont du mal à trouver preneur à cause de la récession et du début du chômage massif. Ces pays riches décident alors de distribuer du pouvoir d’achat au Sud, afin de les inciter à acheter les marchandises du Nord. D’où des prêts d’Etat à Etat, souvent sous forme de crédits d’exportations. En gros, je te prête 10 millions à bas taux, à condition que tu achètes chez moi des marchandises pour 10 millions.
Le troisième acteur de cette histoire de l’endettement est la banque des pays pauvres, la Banque Mondiale. Institution née en 1944 alors que les Etats-Unis étaient en position de force sur la scène internationale, elle est profondément antidémocratique puisque le système adopté pour les Etats-membres est « 1 dollar, 1voix ». Les Etats-Unis possèdent plus de 17% des droits de vote (ce qui leur fournit une minorité de blocage), alors que le groupe formé par 24 pays d’Afrique subsaharienne n’en détient que 2%. A partir de 1968, son président est Robert Mc Namara, ancien ministre de la Défense américain qui a géré l’escalade de la guerre au Vietnam. Par l’intermédiaire de la Banque Mondiale, Mc Namara va agir pour contrecarrer l’influence soviétique et les différentes tentatives nationalistes. Son combat va se placer sur le plan financier. De 1968 à 1973, la Banque Mondiale va accorder davantage de prêts que pendant toute la période 1945-1968.
Ces prêts ont plusieurs buts parfaitement clairs. Tout d’abord soutenir les alliés stratégiques de Etats-Unis (Mobutu au Zaire, Suharto en Indonésie, la dictature brésilienne puis plus tard les dictatures argentines et chiliennes….) pour renforcer la zone d’influence américaine. Ils servent également à stopper le développement de certaines politiques visant à l’obtention d’une indépendance économique (Nasser en Egypte avec la nationalisation du canal de suez, N’Krumah au Ghana, Manley en Jamaique, Sukarno en Indonésie, etc….).
Abdoulaye Diakité
Source : L’indicateur Renouveau |