Des véhicules défectueux sur nos routes
Vous avez presque une chance sur trois de conduire une voiture qui consomme trop ou qui présente un défaut dangereux pour votre propre sécurité et celle des autres. Le niveau de la cuve du carburateur est incorrect, la pompe de reprise est déréglée dans 55% des cas et l’allumage est souvent défectueux. Résultat : une voiture sur cinq consomme plus que la normale par défaut de réglage. Le gaspillage étant évalué à 250 l par an pour un usager moyen. En ce qui concerne la sécurité et la pollution, les projecteurs sont mal réglés, 30% des pneumatiques en mauvais état ou sous-gonflés et on enregistre même une émission d’oxyde de carbone supérieure à la normale. Quelle et l’incidence de ces défectuosités sur la sécurité ? Difficile à dire. Il apparaît que les accidents de la route sont dus à un mauvais état mécanique du véhicule. trop dérisoire pour être crédible. C’est que les véritables causes, celles qui sont à l’origine de l’accident, sont masquées par leurs effets. L’argument de «perte de contrôle du véhicule» ou «vitesse excessive» dissimule souvent un sous-gonflage des pneus, une insuffisance ou un jeu anormal de la direction qui n’auront pas permis au conducteur de se défendre après avoir été surpris. Les ménages consacrent une partie de leur budget à leur voiture. C’est énorme et cela prouve que l’automobile est toujours un secteur de dépenses privilégié. La tenue du marché neuf et surtout de nouveaux modèles en témoignent. L’usager tend à sacrifier les opérations d’entretien une fois la période de garantie passée. Or, ce n’est pas durant ces 12 mois de garantie que sa voiture se dégrade. La dégradation mécanique, résultant de l’usure normale est progressive. Le conducteur s’habitue sans même s’en rendre compte aux défauts qui résultent et adapte son comportement en conséquence, jusqu’à la mésaventure grave, qu’elle se traduise sous forme d’accident ou de facture onéreuse. La méfiance à l’égard des garagistes rend les chose difficiles : crainte d’une facture salée pour une qualité de travail et de service souvent douteuse. Les pièces concurrencées par celles appelés «Taïwan» sont fabriquées par des sous-traitants. Le client ne doit pas se laisser abuser par l’appellation «pièce d’origine». Les fabricants ont tendance à jouer sur les mots en conditionnant dans des emballages à leur marque. Pour minimiser son budget d’entretien, l’usager aura ainsi tout avantage à s’adonner au « do it yourself ». Mais cette tendance, même si elle est pratiquée avec l’aide «d’un ami qui s’y connaît», ne laisse pas d’inquiéter. Va pour un changement de bougie ou d’une raclette d’essuie-glaces, mais quelle garantie peut-on accorder à une intervention mettant directement en cause des organes de sécurité ? Qu’adviendra-t-il quand notre amateur, pris à son propre jeu, s’enhardira à changer ses plaquettes de freins ou les amortisseurs ? Le danger est trop grand pour qu’on n’impose pas la présence d’un arbitre dans le conflit qui éloigne l’automobiliste du réparateur professionnel. Autant de besoins convergeant vers l’instauration d’un contrôle technique obligatoire au moins quand une voiture change de propriétaire ou qu’elle est remise en circulation après un accident. El-Hachemi S.
Source : Le Soir d'Algérie |